22 Février 2012    

La lettre de novembre 2010

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[OPEN SOURCE] MySQL a-t-il encore un avenir chez Oracle

Editorial - la lettre de novembre 2010

POURQUOI MARIA DB ET SKYSQL POURRAIENT BIEN FAIRE DE L'OMBRE A MYSQL ET ORACLE EN 4 QUESTIONS/REPONSES.   Traditionnellement, un éditeur rachète un concurrent pour ses clients, quitte ensuite à faire converger les produits. Comme Oracle l’a fait pour JDE ou Business Object. Mais, s’agissant du logiciel libre, c’est bien plus compliqué : les clients sont vigilants et les produits sont libres des droits de propriété habituels. Pour garder les adeptes de MySQL, Oracle devra compter avec Maria DB et SkySQL.
Voilà l’histoire de la création de SkySQL avec les chevaliers blancs du libre.

Par Dominique Moisand, Guideinformatique
QUESTION 1 : Comment en est-on arrivé là ?

Janvier 2008 : Sun acquiert la société MySQL pour plus d’un milliard de dollars. Le constructeur américain maintient avec succès la base de données libre, en dépit de quelques départs au sein des équipes d’origine. C’est le cas de quelques purs et durs de l’équipe de développement, autour de Michael « Monty » Widenius. Ces séparatistes développent Maria DB, un développement dérivé ou « fork » de MySQL.
Janvier 2010, l’histoire se répète. Cette fois c’est au tour d’Oracle, éditeur de la célèbre base de données éponyme, de racheter Sun. A ce moment là les acquéreurs s’aperçoivent que l’acquisition d’un outil issu du monde du Libre, comme l’est MySQL, doit être confirmé au fil du temps.
De fait : aucun contrat ne peut retenir des équipes passionnées contre leur gré. Pire, l’originalité du marché Libre rend ses clients allergiques à toute tentative de « privatisation » de leurs produits. Au lendemain de la fête, c’est la gueule de bois pour Oracle. Tous les acteurs du marché, développeurs, fournisseurs de service et clients, se demandent si le repreneur aura la volonté et le pouvoir de maintenir en son sein une Open Company ou si MySQL connaîtra le sort de la convergence. Ne serait-ce que pour se conformer au modèle économique d’Oracle.

QUESTION 2 : SkySQL est-il le nouveau départ de MySQL dans le libre ?

Certains d’ailleurs ne se posent plus la question. Dès l’été des anciens de MySQL créent SkySQL, challenger open source de MySQL. Lors d’une réunion tenue à Istanbul début octobre, les dirigeants de la toute nouvelle société livrent en avant-première leur vision du futur. Ce qui est passionnant avec le logiciel libre c’est que, par définition, on ne peut pas complètement l’acheter tant il repose sur une communauté qui a une vision précise de ce qu’elle veut ou ne veut pas ! « Il se trouve que nombre de clients font partie de cette communauté » souligne Ulf Sandberg, CEO de la société qui a été VP mondial des services au sein de MySQL.
Le projet de SkySQL consiste à offrir aux clients historiques de MySQL un éventail complet de services (support, intégration, développement). Ont rejoint l’équipe dirigeante, Kaj Arnö qui avait quitté Oracle il y a quelques semaines avec l’intention bien arrêtée de changer de vie, et Michael Carney qui a été responsable du développement de MySQL en France depuis 2003. Les rangs des équipes accueillent jour après jour des transfuges de MySQL/Oracle.
SkySQL considère que les équipes restées chez Oracle seront plutôt moins bien placées qu’eux pour offrir leurs services. Plusieurs gros clients les ont déjà rejoints (Virgin Mobile, Europages, ATOS Worldline, Bysoft).

QUESTION 3 : Avec MariaDB, MySQL restera-t-elle la base de données de référence ?

Sur le plan des nouveaux développements et du support de niveau 3, SkySQL travaille avec Monty sur Maria DB, un « fork » de MySQL avec une trentaine de passionnés. Les équipes de SkySQL supportent aussi bien MySQL que MariaDB.
L’enjeu est de taille et le message envoyé au marché est clair : à vous de décider si vous voulez encourager la survie d’une base de données libre, pilotée dans la culture et la tradition d’ouverture du libre, en privilégiant la distribution proposée par SkySQL ou MariaDB plutôt que celle d’Oracle. SkySQL sera en quelque sorte garant du maintien de l’ouverture « Opensource ». Si Oracle choisit de « fermer » ses développements, SkySQL aura sans doute plus de difficultés à offrir ses services mais la communauté du libre interprètera immédiatement ce signal comme une trahison et fera ses choix.
Pour le moment, dit Kaj Arnö « nous incorporons régulièrement les nouveautés d’Oracle dans MariaDB, même quand elles sont fermées. Parfois, nous corrigeons des bugs et l’expérience de nos équipes nous incitent à penser que nous deviendrons rapidement les plus crédibles ».

QUESTION 4 : Quel est l'avenir de MySQL ?

On peut se demander pourquoi les spécialistes de MySQL quitteraient Oracle pour les rejoindre. Kaj Arnö pense que le management, dans le contexte du logiciel libre, ne s’improvise pas et que les dirigeants d'Oracle n’en ont pas l’habitude : « C’est un mélange de respect de certaines valeurs et de passion. Il faut qu’il y ait le fit entre la culture de la société et celle des développeurs. Quant c’est le cas, le résultat est impressionnant. MySQL est beaucoup moins cher que les bases de données traditionnelles, y compris Oracle ».
Dans ce monde compliqué où interviennent l’affectif, la passion, les nécessités commerciales et les égos, il a été choisi de maintenir deux sociétés, le développement de Maria DB chez Monty avec les purs et durs de l’Open Source, le commercial et les relations clients chez SkySQL. Il ne reste plus qu’à espérer que chacun donne le meilleur de soi-même dans un souci de réussite commune.

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